TRIBUNE LIBRE JC du CHALARD

Publié le par Patrick LEBORGNE

                                        Humeurs
 
Dimanche soir, à 20 heures, j’ai été triste comme beaucoup, mais j’ai été aussi estomaqué par la prestation de Segoléne Royale qui avait adopté une attitude heureuse et triomphante: j’avais l’impression que les journalistes s’étaient trompés et que c‘était elle qui avait gagné !  
Et pourtant, n’arrivant même pas aux 47%, elle n’avait pas réussi à faire mieux que L.Jospin en 1995, et surtout avait réalisé, malgré son « devoir de victoire » le pire score de deuxième tour depuis 1965. Il m’est alors revenu une expression d’un vieux professeur d’histoire dont je n’ai retenu que le surnom de « Sphinx », et qui avait fait la bataille de Verdun. Parlant de la guerre 1939/1945 il disait avec un certain agacement : « de mon temps les vaincus n’étaient pas considéré comme des héros ! »
En 2002 Lionel Jospin avait eu l’élégance de déclarer prendre à son compte toute la défaite, et laisser à des responsables qu’il dédouanait le soin de prendre la tête de la bataille des legislatives.
Avec Segoléne le message était clair : j’aurais du gagner, mais les Socialistes (vous et moi), avec leur projet, m’en ont empêché ! Rappelons quand même que les militants socialistes ont travaillé pendant des mois sur ce même projet et l’ont offert avec enthousiasme à leur candidate.
Permettez-moi au passage de réfuter l’argument suivant : personne n’aurait pu faire mieux.
En effet il s’agit-la d’une hypothèse non vérifiable. Or le philosophe et scientifique Claude Bernard nous a appris qu’une hypothèse non vérifiable devait être ramenée à une simple théorie.
Car enfin, malgré la lassitude liée à deux mandats présidentiels calamiteux pour notre peuple, pour la première fois depuis 1981, l’alternance présidentielle ou législative n’aura sans doute pas lieu.
Et pourtant les Français se méfiaient de Sarkozy !
Parlons vrai : notre candidate s’est trompée de campagne : les Français n’attendaient pas une maman mais un patron, ou une patronne, capable de proposer des solutions perçues comme concrètes et crédibles à leur désarroi devant la monté de périls, pour eux ou pour leurs enfants.
Nous avons perdu une présidentielle imperdable !
 
Parlons maintenant des législatives. La encore je crois rêver : A quoi ça sert de valoriser Bayrou et son centre mou ? A quoi ça sert de dédouaner les candidats du Mouvement Démocrate auprès des électeurs situés, suivant les conjonctures, entre le centre gauche et le centre droit?
Bayrou a déjà fait le plein de ce qu’il pouvait prendre à Sarkozy, et il sait qu’il lui faut récupérer maintenant la mouvance MRP, particulièrement forte jadis en Bretagne, et qui progressivement et en grande partie, a rallié le PS.
Pour presque tous les députés de Bayrou élus, ce seront autant de députés PS en moins.
 
Rappelons que la Constitution de la Véme République a été faite pour établir un système bipolaire de gouvernance, et qu’un système tripartite implique de changer la Constitution, et pourquoi pas de revenir à la IVéme République.
Avec la Constitution actuelle le Centre ne peut que faire du coup par coup en se vendant au plus offrant !
Nous avons eu un éclairage de cela quand Mitterand et Rocard, en 1988, avaient décidé d’offrir des places ministérielles a des centristes dont Soisson et Rauch : a la première bourrasque ils nous ont trahi.
 
Il n’en reste pas moins vrai qu’il faut adapter le PS au monde nouveau qui se crée, mais sans perdre de vue que ce n’est pas l’exploitation de l’homme par l’homme qui s’est estompée, mais la façon dont elle se réalise actuellement, ou se réalisera demain.
N’oublions jamais que la création du mouvement socialiste s’est fait à la fin du XIXéme siècle en réaction à l’écrasement de pauvres gens victimes de la révolution industrielle. Au XXIéme siècle on retrouve cela englobé dans ce que l’on appelle la mondialisation.
Eviter que ceux que l’on désigne un peu sommairement comme étant les petites gens ne puissent se tromper en votant pour les thèses libérales de Sarkozy, ou pour les thèses nationalistes de Le Pen, était aussi un enjeu formidable de ces élections.
Il y a eu échec aussi pour cela aux présidentielles, alors mobilisons-nous pour qu’il n’en soit pas de même aux législatives.
 
JC du Chalard, premier secrétaire fédéral honoraire, fédération d’Ille et Vilaine du PS.

Publié dans capagauche35

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Marc Claudot 14/05/2007 15:06

Je n ai toujours pas compris pourquoi dans notre parti on passe des semaines sur des débats  programmatiques puis à voter lors d un congrès pour que quelques mois plus tard le (la) candidat(e) désigné(e) remette tout à plat. Deux solutions: on a fait un consensus mou pour se faire plaisir sur un texte dont chacun savait qu'il ne déboucherait pas sur un programme de campagne (j appelle ça alors faire de la poésie, perdre son temps et se fouttre de la gueule des militants), ou on n'est pas capable de trouver un candidat qui s'engage à défendre le projet adopté au congrès. Je pense qu'il y a un peu des deux mais si on veut  être efficace il faudrait un peu plus de cohérence : on arrête un projet politique précis (avec des mesures concrètes et chiffrées) puis on choisit parmi les candidats qui s'engagent à le défendre. On aurait pu ainsi commencer la campagne en décembre, voir même avant d'avoir désigné le candidat, de plus tous les socialistes auraient défendu le même projet, évitant le brouillage « involontaires » de la communication : X disant une chose, Ségolène disant l’inverse le lendemain, Y donnant sa position le surlendemain.Il ne faudrait pas penser que c’est une idéologie qui a gagné (le libéralisme) ou que qu’à travers le vote BAYEROU c’est la sociale démocratie qui a le vent en poupe. En arrivant à ces conclusions on pourrait par calcul purement électoraliste (ce qui n’est déjà pas très éthique) engager le PS vers le réformisme.Le vote BAYEROU c’est le vote du ni/ni, c'est-à-dire un refus de l’approche SARKO qui oppose les Français les uns aux autres, mais aussi le rejet d’un discours brouillé voir brouillon de la part de la candidate socialiste qui pendant longtemps n’aboutissait sur rien de concret face aux problèmes très concrets des gens.Par exemple face à la proposition de SARKO du « travailler plus pour gagner plus », on a répliqué par le projet de réunion autour d’une table des puissants et très représentatifs syndicats français avec les gentils patrons prêts à ouvrir leur portefeuille !!!Non seulement on n’a pas été capable de démonter les inepties du programme SARKO mais on n’a pas mis en regard des propositions concrètes et réalistes pour améliorer la vie des français.SARKO a eu l’intelligence d’offrir un méli mélo de réponses dans lequel chacun pouvait trouver son bonheur.Les Français n’ont pas eu l’impression de faire un choix de société mais de signer le devis qui correspondait le plus à ce qu’ils attendaient sur tel ou tel point.SARKO proposait de raser gratis, Ségolène de chercher à découvrir la molécule qui empêcherait la barbe de pousser.En résumé, nous avons été nuls sur la contre attaque et pas beaucoup mieux sur les propositions.Nous devons élaborer maintenant un projet concret qui devra aboutir sur l’amélioration de la vie des gens dans le cadre d’une économie solidaire sans pour autant remettre en cause la libre entreprise.Même en pleine croissance, on ne pourra pas faire l’économie de prendre partie entre les détenteurs du capital et les salariés, demandeurs d’emploi et retraités.C’est le rôle du partie socialiste d’annoncer clairement que si il doit encourager la croissance, il doit aussi veiller, y compris par la loi, au juste partage de la valeur ajoutée, dans les entités économiques et entre les français : oui au dialogue social mais surtout oui à un état fort qui n’hésite pas à intervenir. C’est pour cela que la proposition à faire aux français ne doit pas s’inspirer de thèses sociales démocrates mais être ancrée dans le socialisme.N’en rougissons pas, n’en ayons pas honte, ne prenons pas les français pour des imbéciles, je suis certains qu’avec de la sincérité et de la pédagogie nos thèses prévaleront , surtout malheureusement après 5 ans de politique à la sauce SARKO.