LES FUMIGENES DE SARKOZY

Publié le par Patrick LEBORGNE

Cet article de Jean François PICAUT, secrétaire de la section socialiste de Rennes le Blosne est magifique, il doit être lu par le plus grand nombre et rediffuser.
Patrick

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Fumigènes
La popularité présidentielle est en berne. Le mariage avec Mme Bruni s’est avéré impuissant à détourner les Français de leurs problèmes. Pire : il semble avoir accru l’exaspération des citoyens face à cette médiatisation constante de la vie privée du chef de l’Etat. Tout se passe comme si la belle machine de propagande élyséenne connaissait soudain un passage à vide voire une panne. Fatigue de jeune marié ?
Il devenait donc urgent de lancer ce que les conseillers de l’Elysée appellent un « fumigène ».
La technique est connue : émettre une proposition surprenante, capable de mobiliser l’attention de la presse et d’une partie de l’opinion pour créer artificiellement un événement et ainsi « enfumer » les Français en détournant le débat des sujets délicats pour la majorité de droite.
Le dîner annuel du Conseil Représentatif des Institutions Juives (CRIJ) du 13 février dernier a été retenu pour l’opération. Nicolas Sarkozy y a déclaré :
"J'ai demandé au gouvernement, et plus particulièrement au ministre de l'Education nationalejeu, Xavier Darcos, de faire en sorte que, chaque année, à partir de la rentrée scolaire 2008, tous les enfants de CM2 se voient confier la mémoire d'un des 11 000 enfants français victimes de la Shoah(…) les enfants de CM2 devront connaître le nom et l'existence d'un enfant mort dans la Shoah. Rien n'est plus intime que le nom et le prénom d'une personne. Rien n'est plus émouvant pour un enfant que l'histoire d'un enfant de son âge, qui avait les mêmes x, les mêmes joies et les mêmes espérances que lui." (AF

P)
Une telle proposition a plusieurs avantages pour le pouvoir :
-                          à moins d’un mois des élections municipales et cantonales, elle peut séduire à moindre coût un électorat juif et toute personne justement sensible à la tragédie de la SHOAH,
-                          elle est suffisamment sujette à caution pour engendrer une polémique qui va occuper le devant de la scène médiatique un certain temps,
-                          elle permet d’occulter le reste du discours qui est pourtant critiquable et de détourner l’attention des difficultés actuelles de la droite.
Le devoir de mémoire est évidemment à encourager mais la proposition n’en est pas moins spécieuse :
-                          cette nouvelle injonction présidentielle (après Guy Môquet) est complexe à mettre en œuvre : comment chaque enfant de CM2 ferait-il son choix ? à qui incomberait la recherche historique ? comment s’apprécierait l’accomplissement du devoir de mémoire ? comment se ferait l’articulation avec les objectifs du socle commun… ?
-                          une nouvelle fois, elle propose explicitement une entrée par l’émotion peu compatible avec la distance nécessaire à l’Histoire,
-                          elle choisit un niveau étonnant, des enfants de 10-11 ans, sur lesquels l’horreur même de la Shoah peut avoir une action négative surtout si elle est envisagée à travers « l’histoire d’un enfant de son âge ».
M. Sarkozy n’en a cure évidemment puisque le but ultime est « l’enfumage » du débat public.  
Codicille
La technique du fumigène ne serait pas complète si elle ne permettait pas, de surcroît, le brouillage idéologique ultérieur. Deux exemples :
1)                         M. Sarkozy a déclaré au CRIJ : "Jamais je n'ai dit que la morale laïque était inférieure à la morale religieuse. Ma conviction, c'est qu'elles sont complémentaires ».
mais il avait déclaré à Latran : La morale laïque risque toujours de s'épuiser quand elle n'est pas adossée à une espérance qui comble l'aspiration à l'infini".
Notons que « complémentaires » ne veut pas dire d’égale dignité, ce qui est au moins la conviction des laïques.
2)                         Il a déclaré au CRIJ : "Et jamais je n'ai dit que l'instituteur était inférieur au curé, au rabbin ou à l'imam pour transmettre des valeurs. Mais ce dont ils témoignent n'est tout simplement pas la même chose."
Mais il avait déclaré à Latran : « Dans la transmission des valeurs et dans l’apprentissage du bien et du mal, l’instituteur ne pourra jamais remplacer le curé ou le pasteur, même s’il est important qu’il s’en approche, parce qu’il lui manquera toujours la radicalité du service de sa vie et le charisme d’un engagement porté par l’espérance. »
Au-delà du fait que l’imam et le rabbin viennent opportunément rejoindre le curé et le pasteur, on voit bien que la première déclaration visait plutôt le curé, « le radicalisme du service de sa vie » renvoyant au célibat des prêtres catholiques mais surtout on peut se demander si la deuxième déclaration infirme bien la première.

Publié dans capagauche35

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