RFI : Sarkozy sacrifie (pour plaire à Poutine) la culture française et son rayonnement démocratique. - Vladimir Boukovsky.

Publié le par Patrick LEBORGNE

 

Ne dite pas que c’est parce qu’elle est l’épouse d’un ministre renégat (Kouchner) que Christine Ockrent a été mise à la tête de France Monde (TV5 Monde + France 24 + Radio France Internationale-RFI) car ce serait diminuer ses mérites personnels. Ceux-ci sont éclatants. On le constate par cette première décision remarquable.

En effet, fidèle sans doute à cet axiome néo-post-moderne et orwellien qui veut que désormais…

…les forces de l’ordre créent du désordre, que la police réprime d’abord les honnêtes citoyens avant les délinquants, que l’ANPE rebaptisée ne soit plus au service des chômeurs mais du chômage, que les institutions européennes freinent subtilement la construction de l’Europe politique tout en feignant le contraire, que le trésor public serve des intérêts privés et non l’intérêt général, que l’écologisme nuise à l’écologie, que la diplomatie ne porte jamais de message diplomatique clair, que l’aide au développement empêche le développement, que les parlementaires élus n’aient plus le droit de parlementer, que l’information désinforme le plus souvent possible, que les services publics ne soient plus au service du public, que l’école soit privée des moyens d’enseigner, et la justice d’enquêter, etc,…

…la direction de Radio France Internationale vient donc de décider de supprimer purement et simplement les émissions par les ondes de ses rédactions en langues russe, chinoise, iranienne, vietnamienne. Excusez du peu. Soyons résolument modernes ! Ces émissions seront désormais disponibles par internet et par téléphonie mobile. Souriez face à la magie puérile des technologies dite « de pointe ».

Pratique, dans des pays pauvres où les ménages ne sont pas équipés du haut débit. Déplorable, dans des dictatures où le pouvoir peut facilement contrôler étroitement l’accès à internet. Hypocrite, alors que le site internet russe de RFI n’est même pas référencé par les moteurs de recherche locaux.

Ce n’est pas nouveau, dans mon jeune temps, je me souviens que le président Giscard d’Estaing, au nom d’une conception bien à lui, bien à droite, parfaitement munichoise, de la « détente », allait à Moscou fleurir la momie de Lénine avec les tyrans russes et décidait de réduire des émissions de RFI en langues des pays de l’Est, qui avaient le fâcheux désavantage d’informer et d’inspirer les dissidents locaux au totalitarisme communiste. C’était au temps du mur de Berlin. Mais cette fois-ci, en 2008, la France, mauvaise mère, leur coupe carrément la radio.

Qu’importe, la haute direction de France Monde sarkozyfiée, sans doute dans un mélange d’Ubu, de Kafka et de la reine Marie-Antoinette (vous savez : « S’ils n’ont pas de pain, qu’ils mangent de la brioche ») aurait décidé de « cibler » les « élites » locales et d’abandonner à leur sort les provinciaux russes, chinois, iraniens et vietnamiens, qui auraient le tort d’être francophiles ou épris des idéaux de 1789. Ne pas rire, nous sommes dans la France de l’Omniprésident, celle qui s’emploie à casser méthodiquement l’héritage social, démocratique, culturel de la Résistance et de la Libération.

Aujourd’hui jeudi 8 janvier 2008, dans le journal « Libération », cette dernière décision de RFI fait réagir Vladimir Boukovsky, opposant et célèbre ancien dissident soviétique. Profitez-en, car ne comptez pas sur les grands médias français pour parler de cet étrange suicide de RFI, malgré une pétition en cours.


La pétition :

http://www.gopetition.com/online/23691.html


Deux extraits de Vladimir Boukovsky aujourd’hui dans Libération :
 
« (…) D’après la direction de RFI, il ne faudrait plus émettre à l’attention des provinciaux, mais cibler les élites. Une telle orientation correspond pleinement aux desiderata des autorités russes : le pouvoir tolère l’existence de petits foyers de liberté de pensée dans les grandes villes (une station de radio libérale et un journal d’opposition fonctionnent encore en Russie), sans les laisser «contaminer» le reste de ce pays gigantesque. »

« (…) Monsieur le Président, il me semble que la France doit répondre à une question de principe : est-elle toujours le pays des Lumières, qui contribue au développement des idées humanistes et des droits de l’homme dans le monde et, avant tout, en Europe ? Est-elle toujours un grand pays doté d’une grande culture qui doit être diffusée sur toute la planète ? En l’absence d’une politique d’information commune de l’Union européenne à l’égard de la Russie, la France a le devoir moral de se préoccuper non seulement de l’homme d’affaires moscovite installé devant son écran plasma, mais aussi de l’institutrice de village qui croit aux idéaux français de liberté, d’égalité et de fraternité.
Pour les Russes, la France est un pays mythique. Les Russes, même s’ils ne maîtrisent pas la langue de Molière et ne lisent Hugo ou Camus qu’en traduction, connaissent mieux l’histoire, la littérature et même les variétés françaises que les Français eux-mêmes. Comment, dès lors, peut-on supprimer les ondes courtes de RFI, unique messager en Russie des traditions démocratiques européennes et de la culture française ?
Des centaines d’intellectuels, de scientifiques, de défenseurs des droits de l’homme et de journalistes russes et occidentaux ont signé la pétition pour le maintien de la diffusion radiophonique de RFI en langue russe. Je vous demande personnellement de conserver la seule voix de la France qui porte en Russie et dans tout l’espace post-soviétique.
 »



Publié dans capagauche35

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