UN ESSAI INTERESSANT

Publié le par Patrick LEBORGNE

 
04 décembre 2006
La République compassionnelle
     "                      
C’est pourtant un joli mot, la compassion ? Souffrir avec, être en sympathie, prendre sa part de la peine, de la douleur ou du mal d’autrui."
Dans un essai paru l’an dernier chez Grasset, Michel Richard, directeur adjoint de la rédaction du Point, dénonce la dérive contemporaine d’une République confite de bons sentiments. Des citoyens traités en patients ou en victimes, des responsables politiques attentifs à ne laisser échapper, dans les média, aucun malheur sans témoigner de leur émotion, une République qui "se soucie désormais moins de la chose publique que de la gestion publique de la chose privée". Et surtout, car c’est l’essentiel du propos, des responsables qui substituent l’émotion à l’action. Quand les ministres sont préoccupés d’arriver les premiers sur les lieux d’un drame, mais moins de veiller, en continu, à l’organisation de base qui en diminuerait le nombre… Quand le chef de l’Etat se déclare "horrifié" par l’accident d’un pétrolier poubelle et fustige, comme s’il n’en faisait pas partie, l’incapacité des responsables, alors même que le gouvernement n’a pris de longue date aucune mesure pour augmenter le taux de contrôle des navires, en France l’un des plus faibles d’Europe…
Ce petit livre est à vrai dire assez décevant. L’auteur, journaliste lui-même, ne fait qu’effleurer au passage le rôle des média dans l’évolution qu’il dénonce. Il fournit des exemples intéressants, mais pas vraiment d’analyse. L'essai vaut par le petit signal d’alerte qu’il représente, bien condensé en quelques formules: "Nous sommes de plain pied dans une démocratie d’émotion, qui est la grimace de la démocratie d’opinion, elle-même grimace démagogique de la démocratie. Le tout nimbé d’une sorte de gentillesse d’hôpital.""La compassion est devenue le cache-misère d’une absence de politique ; le cœur en étendard, mais l’esprit en berne". Formules qui semblent malheureusement plus actuelles que jamais, en ces débuts de campagne électorale. Le bon-heur, le vôtre, vous dit-on, c’est cela dont on se préoccupe ou se préoccupera.  Avec quelles actions concrètes, quels moyens réels ? On verra... 
Ne serait-ce pas, au fond, la raison pour laquelle les élus préférés des Français restent les maires ? Au cœur de la réalité quodidienne, ils gardent plus que d’autres à l’esprit que leur fonction principale est, quelle qu’en soit la difficulté, d’agir et de faire bouger.
Béatrice Buguet

Publié dans capagauche35

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