Lettre ouverte à Ségolène

Publié le par Patrick LEBORGNE

Bonjour Ségolène,

 

Depuis samedi les médias se font les gorges chaudes des problèmes récurrents du Parti Socialiste, mon parti, ton parti donc notre parti, alors qu'il s'agit en fait de querelles de bas étage au sein de ton courant …

 

Je veux également de dire qu'espoir à gauche n'est pas le PS. Mais un courant né d'une motion du congrès de Reims. Je sais également que tu te désintéresses de notre rénovation et du projet que les socialistes mettent en œuvre actuellement, puisque tu as fait le choix de ne pas participer à la gestion du parti après Reims et te de placer au dessus des querelles partisanes disais-tu (j'ai entendu mieux) !

 

C'est pour cela que je te demande de la "boucler" désormais. Car j'en ai ras la casquette d'entendre les médias depuis samedi décrier une nouvelle fois le PS. Hier soir les téléspectateurs de  France2 retiendront des propos de Martine que la réponse à Pujadas portant sur tes bisbilles avec Peillon, mais en aucun cas de nos propositions sur la réforme des collectivités locales et de leurs fiscalités, qui plusn est le jour ou Fillon est en difficulté au congrès des maires. Merci Ségolène et Vincent !
Ce matin sur BFM TV, idem avec François Hollande, "que pensez-vous de …." Re-merci Ségolène et Vincent !

 

En un weekend tu as foutu en l'air l'excellent travail du "pass contraception" Tu mettais en difficulté Luc Chatel, Nadine Morano et Christine Boutin avec cette proposition.

Pour en terminer je citerai François Hollande ce matin "…pour gouverner la France il faut quelqu'un de calme…"

 

 

Bien à toi camarade.

 

Patrick LEBORGNE

Publié dans capagauche35

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Francisco 25/11/2009 23:06



Le PS gagnerait à tirer parti de la présence de l’ex-candidate, plutôt que de la dénigrer.





 


 


La présidente de la région Poitou-Charentes, Ségolène Royal, le 18 novembre 2009 à Paris,


lors du congrès des maires de France.


(© AFP Olivier Laban-Mattei)



 





«Occupe-toi de tes régionales !» Intéressante, cette injonction de Vincent Peillon à l’encontre de Ségolène Royal, sur Europe 1.


 


Qu’il faille s’occuper des régionales est une évidence, et le monde politique «s’en occupe» effectivement. Merci pour le rappel.


Mais retenons la familiarité du ton, qui est incontestablement le signe d’un trouble. Puis, «je vais me taire après avoir parlé» et quelques minutes plus
tard «si elle ne s’arrête pas, je continuerai».


De quoi cette incohérence est-elle la signature ? N’en doutons pas, le professeur de philosophie, autant que le député européen, sera sensible à cette
interrogation.


Mardi soir, sur France 2, Martine Aubry parlait de «bisbilles» et disait ne rien comprendre. Hier, elle en appelle à la «fraternité» dans
un clin d’œil au mot fétiche de Ségolène Royal. Manuel Valls et Pierre Moscovici entonnent en chœur l’antienne «ça n’intéresse pas les Français». Manuel Valls trouve la «querelle
ridicule, pathétique et déplacée», avant d’admettre dans un sursaut de lucidité qu’«il est frappé par la violence des mots».


Si la présence de Ségolène Royal à Dijon n’est peut-être pas en soi un événement, ou n’aurait pas dû le devenir, la séquence déclenchée par cette présence, elle,
est extrêmement significative. Ce qui frappe en effet, ce sont les stratégies de riposte qu’induisent les interventions de Ségolène Royal dans le débat politique. Soit on minimise («ça
n’intéresse pas les Français»), soit on disqualifie («esbroufe médiatique», selon les termes de Vincent Peillon). Evidemment, ça ne trompe personne : les guéguerres et les
questions de personne font partie du jeu politique. Et «l’esbroufe médiatique», ou, en d’autres mots, la stratégie de communication, est aussi partie intégrante du jeu
politique.





Renverser la vapeur.


La question qu’on peut se poser est : qu’est-ce qui fait qu’une intervention est prise au sérieux, c’est-à-dire interprétée positivement, valorisée, reconnue
- au sens fort du terme -, ou que cette même intervention est ridiculisée et traitée avec mépris ?


La même question se pose sur les conflits de personne, où certains sont considérés comme lourds d’enjeux tandis que d’autres seront présentés comme des querelles
enfantines. Qui confère le droit de considérer des débats de personnes comme lourds d’enjeux ou non ?


Malgré sa longue expérience, Ségolène Royal continue d’être traitée par ses pairs comme une intruse, une mouche que ses opposants voudraient chasser du nez de
leur visage par un geste de la main («Occupe-toi de tes régionales !») ou qu’ils essaient de supporter stoïquement («Je préfère m’occuper de ce qui intéresse les
Français.»)


C’est un fait récurrent de son épopée politique et c’est précisément ce qui fait événement (lire ci-contre l’interview de sa conseillère Sophie Bouchet-Petersen).
L’expérience montre que Ségolène Royal résiste aux tentatives en disqualification et arrive même à «renverser» la vapeur : ce que d’aucuns appellent sa stratégie de victimisation n’est
rien d’autre que sa capacité à… disqualifier la machine à disqualifier.


Encore faudrait-il qu’elle ne s’y mette pas, elle aussi, comme pourraient le laisser craindre ses propos d’hier en parlant de Vincent Peillon : «J’ai cru
entendre [Frédéric] Lefebvre.» Elle a l’art de transformer les flèches qui lui sont destinées en boomerang. Elle a l’art de rebondir. Cet art ne se manifeste que parce que ses initiatives
résonnent dans l’opinion. Cette façon de retourner le procès en disqualification à son avantage est assurément son mystère et sa force. S’il y a de la magie dans les parcours politiques, la
magie du parcours de Ségolène Royal se loge là.





Fragiles.


Si le Parti socialiste trouvait - à son tour - la façon de tourner à son avantage la présence de Ségolène Royal dans ses rangs, il renouerait avec une dynamique
collective porteuse de sens.


Ne pas le faire et continuer à vivre sur cette analogie de la mouche sur le nez qu’on veut soit chasser, soit supporter (en attendant qu’elle s’en aille), ne
permet pas de progresser en répondant de son histoire. Et Ségolène Royal fait évidemment partie de l’histoire du PS, même si c’est insupportable pour beaucoup de socialistes qui font aussi
partie de cette histoire. Elle n’est pas increvable et il se peut que ses opposants en viennent à bout. Si le PS choisit de concentrer ses forces sur l’opposition à Ségolène Royal (et
l’indifférence n’est pas une option), il se peut qu’il réussisse, mais je crains que ce ne soit au prix de son existence même, et d’un appauvrissement effrayant de l’espace public.


L’espace public est fragile, les organisations collectives sont fragiles, et le PS l’est aussi. Vivant en démocratie, on a parfois tendance à sous-estimer ces
fragilités, à croire qu’on peut déverser nos frustrations en toute impunité. Il n’en est rien. L’espace public, cet «espace qui est entre nous», pour reprendre les mots de Hannah
Arendt- a besoin d’être construit, entretenu, soigné, traité comme un bien commun.


Par les hommes et les femmes politiques et par chacun d’entre nous.


Le mépris est un poison pour la politique. La haine aussi. Notre voyeurisme aussi. Les mises à mort, que ce soit sur un croc de boucher ou autrement, tuent
l’espace public, plus sûrement que quoi que ce soit d’autre.





Nicole Dewandre  Commission européenne.
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