Réformer les retraites

Publié le par Patrick LEBORGNE

Réformer les retraites

"Dans un pays dont l'espérance de vie s'accroît d'un trimestre chaque année, nous n'avons d'autre solution que de travailler plus longtemps", a estimé hier Xavier Darcos qui préconise un rapport "deux tiers, un tiers" entre la durée d'activité et la durée de retraite.

Pourquoi devrait-on travailler les deux tiers de sa vie d'adulte alors que le système économique ne sait pas assurer un travail suffisant à tous les actifs entre 20 à 60 ans? La durée de vie active marchande diminue au début de la vie - les jeunes commencent leur vie professionnelle de plus en plus tard et allongent leur temps de formation - comme en fin de vie - à partir de 50 ans, les séniors sont poussés plus ou moins gentiment en dehors des entreprises. Mais quel est le problème posé par le viellissement de la population?

Le PIB par habitant augmente toujours. Quelle importance a donc le fait que le rapport entre le nombre d'actifs et le nombre de retraités passe de deux à un? En 1900, il y avait sept actifs pour un retraité. Actuellement on en a moins de deux pour un retraité. Si des retraites ne sont pas financées, c'est que de la richesse créée est soustraite à cette contribution. Tant que la durée de vie professionnelle baisse, il n'y a pas lieu de reculer l'âge de la retraite. C'est le problème de financement qu'il faut résoudre. Et ce problème de financement vient de la diminution de la durée de vie professionnelle. Quand on obtient plus de richesse par personne avec une occupation nécessaire des personnes qui diminue, on ne va tout de même pas augmenter le temps de travail des personnes.

Le gouvernement, en fait, veut transformer la retraite en chômage. Sous le couvert d'une présentation "éthique" de sa réforme - il faut donner de l'activié à deux tiers de la durée de vie humaine - le projet vise seulement à confirmer, à sécuriser le partage des richesses mis en place depuis les années 80 qui tend à réduire la valeur du travail.
Pour vivre longtemps sans perdre le goût de vivre, il faut rester actif. C'est bien ce qui donne la force au discours gouvernemental. Mais il n'est pas nécessaire que cette activité soit marchande quand la production de l'unité de travail diminue. La stratégie actuelle du gouvernement est bien de donner des habits nobles à une arnaque.

En 1993, puis en 2003, l'argument était de résoudre un problème de financement. Ces réformes n'ont pas réglé le problème de financement. Le problème reste le même. Mais le gouvernement ne peut mettre en avant les mêmes arguments pour continuer à opérer sur les mêmes paramètres: le niveau de cotisation, le temps de cotisation et le niveau des pensions. Tout le monde sait maintenant que toucher à ces paramètres c'est appauvrir tout le monde. Le gouvernement change donc d'ordre ses arguments et se place au niveau de la conception générale de la vie humaine, voilà l'arnaque.

En fait, le problème de financement des retraites, comme celui de la couverture maladie ou celui de la couverture chômage vient de l'exigence de rendement qui pèse sur les entreprises. Tant que le financement de la couverture des besoins sociaux constitue une charge de production et que les charges de productions doivent diminuer pour raison de rendement (concurrence pour les financements) ou pour raison de marché (concurrence pour les marchés), la sécurité sociale santé ou professionnelle et les retraites resteront dans une situation financière risquée.

Actuellement, la couverture sociale est financée sur le salaire et constitue une part de la masse salariale valorisant le travail effectué dans l'entreprise. Les charges sociales sont d'une part prélevées directement sur le salaire brut du salarié et d'autre part globalement en fonction des salaires versés par l'entreprise - cette dernière part constitue les charges sociales dont le patronat ne cesse d'obtenir de plus en plus d'exonération. La seule réforme durable des retraites est une réforme globale du financement des besoins sociaux (autonomie des jeunes, couverture maladie et chômage, formation tout au long de la vie, retraites) qui doit être transféré des charges de production à un prélèvement sur les richesses créées.


Patrick SOULIER
Militant socialiste
Délégué CGT

Un copain et un camarade, je suis entièrement d'accord avec lui, il l'a écrit mieux que moi.

Publié dans capagauche35

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fermaton.over-blog.com (Clovis Simard,phD) 14/09/2011 14:11



Blog(fermaton.over-blog.com)Mathématiques de la conscience humaine.No-29,FINITUDE-(ÂGES DE NOTRE VIE).