Retraite et pénibilité

Publié le par Patrick LEBORGNE

Retraite et pénibilité :

 


Le gouvernement empêtré dans ses mensonges

 

A l’occasion de du report de l’âge de départ en retraite et pour essayer de faire passer la pilule de l’accroissement de la souffrance au travail et des inégalités devant l’espérance de vie, la droite et le Medef ont promis (depuis la loi Fillon) des « négociations » sur la pénibilité des métiers et des situations de travail. Difficile d’éviter la question, même si, pour eux, en parler est du domaine compassionnel et subsidiaire.

Alors les voilà embarqués dans des reports sans fin du délicat sujet : que faire face aux ouvriers du bâtiment de 55 ans qui meurent sans vivre le début de leur retraite ? Que faire des ouvriers dont l’espérance de vie moyenne en bonne santé est de 59 ans ? Que faire face aux 60 % de salariés écartés du travail dés 54, 55, 56, 57, 58 ans, déclarés inaptes, malades ou licenciés car trop « chers » et plus assez « productifs » ?

Depuis 7 ans, le Medef refuse de négocier sur ce sujet comme il s’y était d’abord engagé, et comme le gouvernement le lui avait formellement demandé. La direction de la CFDT, qui avait le plus mis cette cause en avant, est tombée sur « un os ». Visiblement Laurence Parisot n’en a rien à faire des misérables qui crèvent au boulot. Tant pis pour les travailleurs de nuit et postés, pour les chauffeurs, pour les manœuvres, pour les nettoyeurs…

Mais alors va t on vraiment les laisser mourir sans retraite ? Christine Lagarde, lorsqu’elle a annoncé qu’elle supprimerait le droit pour les chômeurs de plus de 57 ans de ne plus « pointer » et de ne plus « rechercher d’emploi », a expliqué : « A 57, ans, on n’est pas foutu ! ». Est-ce seulement quand on est foutu qu’on a droit à la retraite ?

Mais comment déterminer le moment où vous êtes foutu ? Voilà le piège dans lequel Wœrth vient de tomber : il déclare que le droit à la retraite pourra être anticipé, mais au cas par cas, lorsque le salarié sera « usé ». Quand il sera « fatigué ». Ce sera un « droit » individuel mais pas collectif. Donc pas de négociation par branche (bâtiment, routiers, chauffeurs,…). Mais c’est l’échec couru d’avance ! Qui va honteusement prendre le pouls de 1,1 million d’ouvriers du bâtiment pour savoir à quel moment le droit à retraite s’ouvre ? Quel sera le « standard » du salarié « usé » ? La « fatigue » ça va se mesurer où et comment ? Le genou en compote, le dos cassé, les poumons pourris de poussière ? Qu el taux d’usure, de handicap ? Et qu’adviendra t il ? Une vraie retraite ou un « arrêt » maladie au rabais ? On imagine l’impasse. Pour tous comme au cas par cas.

A ne plus vouloir de droit collectif, le droit est tué. A ne plus négocier par branche, c’est la fin des partenaires sociaux. A rendre la retraite individualisée, il n’y a plus d’ordre public social. A attendre que le salarié soit individuellement « fichu », il n’y a plus de retraite.

Travaille et crève ! Tel est l’aboutissement des dénégations du gouvernement sur le fond du dossier de la pénibilité. Une impasse… qui renforce l’exigence d’avoir un « âge repère », un âge commun, un droit d’ordre public social partagé, 60 ans et la possibilité de partir avant pour ceux exerçant des métiers particulièrement pénibles.

Venez débattre avec D&S sur la lacoopol.fr

Publié dans capagauche35

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