TRIBUNE LIBRE JC du CHALARD
Humeurs
Dimanche soir, à 20 heures, j’ai été triste comme beaucoup, mais j’ai été aussi estomaqué par la prestation de Segoléne Royale qui avait adopté une attitude heureuse et triomphante: j’avais l’impression que les journalistes s’étaient trompés et que c‘était elle qui avait gagné !
Et pourtant, n’arrivant même pas aux 47%, elle n’avait pas réussi à faire mieux que L.Jospin en 1995, et surtout avait réalisé, malgré son « devoir de victoire » le pire score de deuxième tour depuis 1965. Il m’est alors revenu une expression d’un vieux professeur d’histoire dont je n’ai retenu que le surnom de « Sphinx », et qui avait fait la bataille de Verdun. Parlant de la guerre 1939/1945 il disait avec un certain agacement : « de mon temps les vaincus n’étaient pas considéré comme des héros ! »
En 2002 Lionel Jospin avait eu l’élégance de déclarer prendre à son compte toute la défaite, et laisser à des responsables qu’il dédouanait le soin de prendre la tête de la bataille des legislatives.
Avec Segoléne le message était clair : j’aurais du gagner, mais les Socialistes (vous et moi), avec leur projet, m’en ont empêché ! Rappelons quand même que les militants socialistes ont travaillé pendant des mois sur ce même projet et l’ont offert avec enthousiasme à leur candidate.
Permettez-moi au passage de réfuter l’argument suivant : personne n’aurait pu faire mieux.
En effet il s’agit-la d’une hypothèse non vérifiable. Or le philosophe et scientifique Claude Bernard nous a appris qu’une hypothèse non vérifiable devait être ramenée à une simple théorie.
Car enfin, malgré la lassitude liée à deux mandats présidentiels calamiteux pour notre peuple, pour la première fois depuis 1981, l’alternance présidentielle ou législative n’aura sans doute pas lieu.
Et pourtant les Français se méfiaient de Sarkozy !
Parlons vrai : notre candidate s’est trompée de campagne : les Français n’attendaient pas une maman mais un patron, ou une patronne, capable de proposer des solutions perçues comme concrètes et crédibles à leur désarroi devant la monté de périls, pour eux ou pour leurs enfants.
Nous avons perdu une présidentielle imperdable !
Parlons maintenant des législatives. La encore je crois rêver : A quoi ça sert de valoriser Bayrou et son centre mou ? A quoi ça sert de dédouaner les candidats du Mouvement Démocrate auprès des électeurs situés, suivant les conjonctures, entre le centre gauche et le centre droit?
Bayrou a déjà fait le plein de ce qu’il pouvait prendre à Sarkozy, et il sait qu’il lui faut récupérer maintenant la mouvance MRP, particulièrement forte jadis en Bretagne, et qui progressivement et en grande partie, a rallié le PS.
Pour presque tous les députés de Bayrou élus, ce seront autant de députés PS en moins.
Rappelons que la Constitution de la Véme République a été faite pour établir un système bipolaire de gouvernance, et qu’un système tripartite implique de changer la Constitution, et pourquoi pas de revenir à la IVéme République.
Avec la Constitution actuelle le Centre ne peut que faire du coup par coup en se vendant au plus offrant !
Nous avons eu un éclairage de cela quand Mitterand et Rocard, en 1988, avaient décidé d’offrir des places ministérielles a des centristes dont Soisson et Rauch : a la première bourrasque ils nous ont trahi.
Il n’en reste pas moins vrai qu’il faut adapter le PS au monde nouveau qui se crée, mais sans perdre de vue que ce n’est pas l’exploitation de l’homme par l’homme qui s’est estompée, mais la façon dont elle se réalise actuellement, ou se réalisera demain.
N’oublions jamais que la création du mouvement socialiste s’est fait à la fin du XIXéme siècle en réaction à l’écrasement de pauvres gens victimes de la révolution industrielle. Au XXIéme siècle on retrouve cela englobé dans ce que l’on appelle la mondialisation.
Eviter que ceux que l’on désigne un peu sommairement comme étant les petites gens ne puissent se tromper en votant pour les thèses libérales de Sarkozy, ou pour les thèses nationalistes de Le Pen, était aussi un enjeu formidable de ces élections.
Il y a eu échec aussi pour cela aux présidentielles, alors mobilisons-nous pour qu’il n’en soit pas de même aux législatives.
JC du Chalard, premier secrétaire fédéral honoraire, fédération d’Ille et Vilaine du PS.
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