VERITE SUR LES STATISTIQUES DU CHOMAGE
CES CHOMEURS DONT ON NE PARLE PAS
Mois après mois le débat public se focalise autour de la publication du chiffre officiel du chômage. Le gouvernement et les médias font comme si les variations mensuelles de cet indicateur reflétaient le succès ou l’échec des politiques pour l’emploi. Depuis plusieurs années l’opinion est pourtant de plus en plus sceptique face aux annonces répétées de la baisse du chômage. Elle n’a pas tort.
Plus de la moitié des demandeurs d’emploi sont exclus du chiffre officiel du chômage
En septembre 2006, le chiffre officiel du chômage (« DEFM de catégorie 1 ») décomptait 2,172 millions de chômeurs. A la même date, le nombre total de personnes recensées par l’ANPE en tant que demandeurs d’emploi s’élevait à plus de 4,45 millions de personnes. Plus de la moitié des personnes inscrites à l’ANPE ne sont donc pas comptabilisées dans les statistiques officielles : ce sont, en quelque sorte, des chômeurs « invisibles ».
Depuis 25 ans ces « chômeurs invisibles » représentent une proportion croissante de l’ensemble des inscrits à l’ ANPE : au cours de l’année 2006, la part de ces chômeurs invisibles dans le total des demandeurs d’emploi a dépassé pour la première fois 50%, alors qu’elle n’en représentait que 10% en 1982.
Qui sont les chômeurs invisibles ?
Parmi les demandeurs d’emploi inscrits à l’ANPE, certains n’ont jamais été comptabilisés dans la statistique officielle. Il s’agit des chômeurs des DOM, de ceux qui recherchent un emploi temporaire ou à temps partiel et des personnes non immédiatement disponibles pour occuper un emploi.
Depuis vingt ans de nouvelles catégories ont été écartées du chiffre officiel : les dispensés de recherche d’emploi et les demandeurs en « activité réduite ». Il s’agit des seuls demandeurs recherchant un emploi à temps plein et à durée indéterminée et ayant travaillé plus de 78 heures dans le mois. D’autres chômeurs ayant travaillé plus de 78 heures sont comptabilisées parmi ceux recherchant un emploi temporaire ou à temps partiel (183 000 en octobre 2006).
Principales catégories de chômeurs « invisibles » en 2006 (en milliers)
| Chômeurs des DOM (total) | 220 |
| Demandeurs d'emploi temporaire ou à temps partiel | 871 |
| Dispensés de recherche d'emploi | 412 |
| Chômeurs[1] en "activité réduite" | 452 |
| Demandeurs d’emploi non disponibles | 321 |
| TOTAL | 2286 |
Les femmes et les chômeurs âgés (50 ans et plus) sont particulièrement nombreux parmi ces chômeurs invisibles. Ainsi les femmes sont un peu moins nombreuses que les hommes dans la statistique officielle du chômage, mais elles représentent plus de 60% des demandeurs d’emploi hors chiffre officiel.
Depuis 25 ans, la part de ces chômages invisibles a été multipliée par 4
Depuis 25 ans, de plus en plus de chômeurs ont été « gommés » du chiffre officiel
Entre 1985 et 1997, ce sont surtout les changements réglementaires dans le mode de classement des chômeurs (création des dispensés de recherche d’emploi, chômeurs en « activité réduite ») qui expliquent la montée des chômages invisibles.
Entre avril 1997 et avril 2002, le phénomène s’est brutalement accéléré : le nombre total des demandeurs d’emploi a baissé de 340 000 tandis que le chiffre officiel affichait une chute de plus de 850 000. Ceci s’explique par la hausse considérable du nombre de demandeurs dont l’ANPE considère qu’ils recherchent un emploi temporaire ou à temps partiel, et non plus un CDI à temps plein. En réalité, les études menées montrent que ce ne sont pas les demandeurs d’emploi qui ont changé leurs aspirations mais l’ANPE (dons l’Etat) qui a modifié ses pratiques d’inscription des chômeurs.
A partir de 2002, la part des chômages invisibles s’est tassée jusqu’au milieu de l’année 2004. Mais à l’approche des élections présidentielles, elle a recommencé à augmenter : les chômeurs invisibles représentaient 50,6% du total des demandeurs d’emploi en septembre 2006, contre 46,6% deux ans plus tôt.
Cette brusque remontée traduit à la fois l’accroissement du nombre de chômeurs en « activité réduite » et des changements dans les pratiques d’inscription de la part de l’ANPE.
Malgré ces artifices statistiques, le chômage se situe fin 2006 à un niveau plus élevé qu’en mai 2002
Les gouvernements conservateurs qui se sont succédé depuis 2002 n’ont pas réussi à faire reculer le chômage : le total des demandeurs d’emploi n’a pas diminué par rapport à mai 2002, pas plus que le niveau du chiffre officiel.
Les manipulations statistiques des chiffres du chômage masquent le fait que, depuis le début des années 1990, le chômage se maintient à un niveau structurellement élevé, jamais observé dans le passé. Depuis 15 ans, le nombre de demandeurs d’emploi oscille autour de 4,5 millions.
Vincent BAUDOIN
CAP A GAUCHE 35
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