REPONSE AU DISCOURS DE LATRAN PAR J.L. MELANCHON

Publié le par Patrick LEBORGNE

Avant de commencer la rédaction de cette note j’ai regardé le journal du soir de France 2. J’ai vu que l’augmentation du prix des denrées alimentaires faisait que les gens en Haïti mangeaient des galettes de boue. De la boue. Au secours ! Quel est ce monde ? Comment ne pas haïr ses valeurs et son organisation. On voyait des gosses « nourris » aux galettes de boue ! J’écris, les larmes aux yeux. Je crois que, même sans aucun espoir de succès à court terme, notre dignité d’être humain nous commande de tout faire pour faire naitre un autre monde.
Finalement, bien sur, la droite a eu le dernier mot au Sénat à propos de la révision constitutionnelle pour permettre la ratification du traité de Lisbonne.. Mais j’estime que moralement notre pugnacité et la mesquinerie des procédés utilisés pour nous clouer le bec nous a donné le point N’empêche, en décidant de mener le débat sans désemparer jusque dans la nuit, c’est l’usure qui a fait le travail de la droite davantage que la force des arguments. Imaginez : nous avons fini à deux heures et demi du matin !
Un gros bon point aux communistes qui ont été sur le pont sans trêve, argumentant sans relâche. Parmi eux, la palme à Nicole Borvo et à Robert Bret. Notre petit groupe de socialiste n’a pas été mal non plus. Nous avons été quinze en séance sans désemparer. Charles Gauthier, Pierre Yves Colombat, Jean-Pierre Godefroy et les autres n’ont pas perdu pied un instant.  La présence physique dans un tel hémicycle et sur un tel débat c’est extrêmement important. J’en profite pour dire que c’était parfaitement démoralisant de voir que dans les tribunes, il y avait juste une ou deux personnes. Pas un militant, pas un dirigeant d’organisation. Le débat parlementaire est-il aussi considéré comme une formalité sans intérêt? Je garde pour moi le caractère un peu planant de certains messages de camarades me reprochant de ne pas m’intéresser à leur campagne municipale et cantonale et qui sont bien piteux quand je leur apprends que je suis dans l’hémicycle pour la bataille sur le traité de Lisbonne qui n’a pas vraiment plus l’air d’être dans leur préoccupation du jour. Comment leur en vouloir ? Chacun à son poste nous menons notre part du combat. Les journées n’ont que vingt quatre heures. Les fronts sont tellement déconnectés, faute de parti politique de gauche assez fort et volontaire pour les unifier. De mon côté j’ai eu la parole vers minuit et demi. Quinze minutes sur une motion de de procédure, après la discusion générale. Le sens de la "question préalable" que je déposais était: il n’y a pas de majorité ici par principe pour retirer la parole au peuple farnçais. mon intrevention était donc exclusivement centrée sur la question de la démocratie en europe et en France. Demain sans doute je mettrai le texte sur de cette intervention sur ce blog. De toute façon elle sera sur le site de PRS . Après la prise de parole, compte tenu des interruptions et de la tension j’étais littéralement vidé comme après une course d’endurance. Oui, vidé.
Après ça vous serez surpris d’apprendre, si vous regardez le journal des débats du Sénat,  qu’en plein milieux de la discussion sur la loi de révision de la Constitution, un groupe de socialistes s’est senti inspiré de faire un amendement en faveur de l’adoption de la Charte des langues régionales… C’est le moment le plus étrange de la nuit! Car le débat s’est mené exclusivement entre socialistes. Bien sur j’ai argumenté contre et cela m’a valu les habituelles manifestations d’intolérance communautariste. Je m’attends donc à un flots des messages injurieux comme c’est la tradition sur ce sujet. Cet après midi « Public Sénat » m’a interviewé à propos de la nuit de débat. En général ça se passe bien. Confort du temps, ton tranquille. Mais comme la chaine commence à faire de l’audience, les zombies commencent à envahir les effectifs. Justement c’est un robot lyophilisé qui tient le micro : « êtes-vous d’accord avec le PS sur le traité de Lisbonne ? » On croit rêver. J’étais encore aimable : « ce n’est pas le sujet je crois que c’est le référendum: en faut-il un ou pas ? Je pense que oui et je vais vous dire pourquoi» Le robot laqué et souriant : « oui mais justement la division du PS sur ce point est affichée. Ne pensez vous pas qu’il n’y a plus de ligne commune sur l’Europe au PS ? » Moi : « Le référendum est une façon de commencer à soigner l’union européenne de sa maladie de manque d’implication des citoyens et je vais vous dire pourquoi » Le robot journaliste répondeur automatique: « mais ne pensez vous pas que le PS est divisé et qu’il aura du mal à trouver une issue à ses déchirements » Et ainsi de suite. Cinq fois avec le même sourire béat « t’as-vu-maman-c’est-moi-qui-pose-des-question-à-la-télé-à-cette-cloche-de-socialiste-divisé ». Dès la deuxième question j’agrémentais ma réponse de commentaires acides contre les journalistes sans conscience civique qui ne s’intéressent pas au fond etc. Mais les robots questionneurs automatiques sont formés dans les écoles de police. Quand la lumière de la caméra est allumé dans les yeux du socialiste divisé, ils savent qu’en reprenant la question dix fois sous un angle différent le suspect finira par craquer et dire ce qu’on a décidé de lui faire dire pour « illustrer le sujet ». Dans l’intervalle vous pouvez leur pisser sur la tête: ils ne sortent pas de la question apprise par cœur. Quand j’ai commencé à me fâcher, le robot a aussitôt avancé le micro plus près de mes lèvres. Une image formidable s’annonçait : un socialiste divisé en train de s’énerver. « Le chef sera super content. Mon cdd sera sans doute renouvelé », pense le robot qui n’est jamais qu’un(e) pauvre bougre(sse) précarisé. Vous connaissez la différence entre un mannequin de mode et un robot de presse ? Le mannequin ne mange pas pour garder la ligne et le robot garde la ligne pour manger. Telle est la société de l’information spectacle de notre temps.  Après ça une publicité pour des journalistes, des vrais, qui enquêtent et nous apprennent des choses qui ne sont pas destinées à les faire bien voir du grand quartier général. Regardez la télévision, mais oui c’est moi qui écrit ça, jeudi 31 janvier à 23 heures, sur France 2. C’est la série "Dans le secret de…". Ca s’appelle : « Les riches, l’impôt et la fortune ». Un documentaire de Jacques Cotta et Pascal Martin. Ces deux là décapent. Surement qu’ils vont finir par être virés. Ils n’ont pas assez faim. Ca leur laisse trop de temps pour penser.

Publié dans capagauche35

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